Le 15 juin 2026, le Tech & Business Day s’est tenu à la Cité des Échanges de Marcq-en-Barœul. Organisé par la Cité de l’IA et le MEDEF Lille Métropole, l’événement a rassemblé plus de 1 000 participants.

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Optimal Ways était ravi de participer à cette journée afin d’approfondir sa compréhension des enjeux, des bonnes pratiques et des écueils liés à l’intelligence artificielle.

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Le programme était très riche. Nous avons concentré nos efforts de synthèse sur les principales conférences autour du retail, de l’e-commerce, de la data et du futur du travail.

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🏗️ Stratégie digitale et IA chez Jules et ADEO : construire une IA utile, maîtrisée et industrialisée

L’intelligence artificielle transforme déjà le retail. La question n’est plus de savoir si elle va modifier les métiers, les parcours clients ou les organisations, mais comment l’intégrer correctement, à grande échelle, sans perdre le contrôle sur les coûts, les données, la sécurité et la souveraineté.

Lors d’un échange consacré à la stratégie digitale et à l’IA, Dimitri Shotko, Global CDO chez ADEO, et Jean-François Jouannais, Head of Data & IA Product chez Jules, ont partagé leur vision du passage de l’expérimentation à l’industrialisation.

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🧱 Des fondations technologiques indispensables

Chez ADEO, l’IA s’inscrit dans une trajectoire engagée depuis plusieurs années. L’entreprise travaille sur ces sujets depuis huit à neuf ans, d’abord avec des approches de machine learning plus classiques : classification, optimisation, recommandations, ranking produit ou détection d’anomalies.

Ces usages, parfois peu visibles, ont permis d’intégrer progressivement l’IA dans les produits digitaux et les processus métier.

Aujourd’hui, ADEO peut aller plus loin grâce à des fondations technologiques structurantes : data mesh, cloud first, approche headless, API-first et architecture microservices.

Ces piliers ne sont pas seulement techniques. Ils permettent de connecter les données, les applications et les futurs agents IA dans un système d’information complexe. L’IA agentique ne peut réussir que si elle s’appuie sur une architecture capable de scaler, d’exposer les bonnes données et de permettre aux agents d’interagir avec les outils de l’entreprise.

Chez Jules, la logique est proche. Après une phase de transformation engagée en 2023, la tech est devenue un pilier stratégique du redressement de l’entreprise. La création d’une direction data rattachée au comité de direction illustre cette volonté de placer la donnée et l’IA au cœur des décisions.

🎯 Des cas d’usage concrets au service des métiers

ADEO a déjà déployé de nombreux cas d’usage IA. Certains concernent l’optimisation de la qualité des produits : contrôler moins, mais mieux, en identifiant plus efficacement les écarts de quantité ou de qualité.

D’autres usages s’appuient sur l’IA générative ou agentique. Par exemple, ADEO utilise des agents pour préparer les négociations fournisseurs. Ces agents analysent les données disponibles, l’historique, les chiffres d’affaires et les paramètres de négociation pour proposer des scénarios et aider les acheteurs à mieux se préparer.

L’IA est également utilisée pour générer des contenus visuels. Grâce à un content studio AI, ADEO peut produire plus rapidement des images adaptées aux différents marchés, styles ou pays. Cela permet de réduire le temps de production et d’accélérer le time-to-market.

👕 Chez Jules, deux approches complémentaires

Chez Jules, l’IA est abordée selon deux axes.

Le premier consiste à transformer les processus et les métiers. L’IA doit être intégrée directement dans les outils et les workflows pour modifier concrètement la manière de travailler.

Le second vise à créer un collaborateur augmenté, capable d’aider les équipes dans leurs tâches du quotidien : rédaction, synthèse, recherche d’information, analyse, exploration de données ou automatisation de tâches répétitives.

Pour accompagner cette adoption, Jules a lancé une plateforme interne baptisée Julia. Elle permet aux collaborateurs d’accéder à différents modèles d’IA générative dans un environnement sécurisé. L’enjeu est de favoriser l’usage tout en maîtrisant les risques liés aux données.

L’adoption a été rapide : en quelques mois, une part significative des collaborateurs du siège a utilisé la plateforme, avec plus de 15 000 messages envoyés. Cette dynamique montre que l’IA générative répond à des besoins très concrets, notamment grâce à la simplicité du langage naturel.

🔐 Sécurité, agnosticité et souveraineté

Les deux entreprises soulignent l’importance de ne pas dépendre d’un seul modèle ou fournisseur. Les technologies évoluent vite, les performances changent, les risques géopolitiques et réglementaires existent.

Il devient donc essentiel de rester agnostique, de pouvoir tester plusieurs modèles et de changer de solution si nécessaire.

Chez Jules, le choix n’a pas été de bloquer immédiatement les outils externes, mais de proposer une alternative interne plus sécurisée, plus collaborative et mieux adaptée aux besoins de l’entreprise. L’objectif est d’attirer les utilisateurs vers un environnement maîtrisé plutôt que de freiner brutalement les usages.

📊 La donnée reste le socle

Derrière les démonstrations visibles, une grande partie de la réussite repose sur des éléments moins spectaculaires : qualité des données, documentation, gouvernance, APIs, knowledge bases et maîtrise des coûts.

ADEO met en avant l’évolution vers des bases de connaissances capables de rassembler des données structurées et non structurées : documents, savoir-faire métier, images, vidéos, instructions ou historiques.

Chez Jules, l’IA est également utilisée pour améliorer la documentation des données. Des solutions comme Myriad permettent d’automatiser une grande partie de la documentation du data warehouse, avec une validation humaine sur les éléments restants. C’est un gain de temps important pour les équipes data et un levier pour rendre les métiers plus autonomes.

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📈 Mesurer la valeur sans se limiter au ROI immédiat

La mesure du ROI reste complexe. Certains bénéfices sont visibles rapidement : réduction du temps de production d’une analyse, accélération de la création de contenu, meilleure préparation commerciale ou amélioration de la productivité.

Chez Jules, une analyse qui pouvait auparavant demander trois jours peut désormais être réalisée en une demi-journée grâce à l’IA.

Mais d’autres gains sont plus diffus : temps libéré, meilleure qualité de décision, autonomie accrue des métiers, réduction des frictions quotidiennes.

Pour ADEO, il ne faut pas chercher uniquement le cas d’usage exceptionnel qui génère immédiatement une valeur massive. La transformation vient aussi de l’accumulation de nombreux petits cas d’usage. Pris séparément, ils peuvent sembler modestes. Déployés à grande échelle, ils transforment profondément les parcours clients, collaborateurs, fournisseurs et produits.

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🤝 Une transformation avant tout humaine

Malgré la dimension technologique du sujet, la réussite de l’IA repose fortement sur l’humain : formation, acculturation, accompagnement au changement et appropriation par les équipes.

Chez Jules, la transformation est résumée ainsi : 20 % de technologie, 80 % d’humain.

L’objectif n’est pas de remplacer les collaborateurs, mais de leur donner les bons outils pour créer plus de valeur, gagner du temps et se concentrer sur des tâches à plus fort impact.

Un bon indicateur d’adoption est simple : les collaborateurs protesteraient-ils si l’outil était débranché ? Si la réponse est oui, c’est que l’IA est devenue réellement utile dans le quotidien.

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🤝 L’alliance réussie entre start-up et grand groupe : deux exemples concrets dans le retail

L’intelligence artificielle transforme déjà profondément le commerce. Mais au-delà des grandes annonces technologiques, ce sont souvent les alliances entre grands groupes et start-up qui permettent de passer rapidement de l’idée au terrain.

Deux exemples l’illustrent particulièrement bien : Carrefour Belgique avec Mealz, autour du commerce agentique dans les courses alimentaires, et Feu Vert avec EKOO, autour de l’IA vocale au service des vendeurs et de l’engagement client.

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🛒 Carrefour Belgique et Mealz : vers le commerce agentique dans les courses alimentaires

Avec Carrefour Belgique et Mealz, l’enjeu est clair : simplifier l’expérience d’achat alimentaire grâce à l’intelligence artificielle.

Le commerce agentique ouvre une nouvelle étape dans le parcours client. Il ne s’agit plus seulement de recommander un produit ou de proposer une promotion, mais d’accompagner le client dans une intention complète : préparer un repas, organiser ses courses, gagner du temps et acheter les bons produits au bon moment.

Jean-Philippe Blerot, Head of Digital & Ecommerce Projects chez Carrefour Belgium, et César Tonnoir, cofondateur et CEO de Mealz, ont montré comment une start-up spécialisée peut aider un grand distributeur à accélérer sur un sujet très concret.

Mealz apporte une expertise technologique et une approche agile, tandis que Carrefour Belgique apporte la connaissance client, l’échelle, l’offre produit et la puissance opérationnelle.

Cette collaboration illustre bien la valeur d’un partenariat équilibré : la start-up ne vient pas simplement vendre une solution, elle s’intègre dans un écosystème existant pour répondre à un irritant client réel.

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🎙️ Feu Vert et EKOO : quand l’IA vocale donne la parole aux vendeurs

Le second exemple, présenté par Feu Vert et EKOO, met en avant un autre usage de l’intelligence artificielle : la voix.

Avec Vincent Claisse, Directeur marketing, communication & digital de Feu Vert France, et Emilie Brossier, cofondatrice d’EKOO, le sujet porte sur la capacité de l’IA vocale à renforcer l’engagement client en s’appuyant sur les vendeurs.

Dans un environnement retail, les vendeurs disposent d’une expertise précieuse. Ils connaissent les produits, les besoins des clients, les objections fréquentes et les arguments qui rassurent.

L’enjeu est de mieux capter cette expertise terrain et de la rendre disponible dans le parcours digital.

L’IA vocale permet ici de créer un pont entre l’humain et le digital. Elle donne littéralement la parole aux vendeurs, en valorisant leurs conseils dans des formats plus engageants, plus incarnés et plus proches de l’expérience magasin.

Pour Feu Vert, cela permet de renforcer la confiance, d’humaniser la relation client et de différencier l’expérience en ligne.

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⚙️ Une logique commune : combiner agilité et puissance d’exécution

Ces deux cas montrent que la réussite d’un partenariat entre start-up et grand groupe repose sur plusieurs facteurs clés.

Le premier est la complémentarité. Le grand groupe apporte l’accès au marché, la connaissance client, les volumes et les contraintes opérationnelles. La start-up apporte la vitesse, la spécialisation et la capacité à expérimenter rapidement.

Le deuxième est l’ancrage dans un cas d’usage concret. Les projets les plus efficaces ne partent pas de la technologie seule, mais d’un besoin clairement identifié : simplifier les courses alimentaires, mieux accompagner le client, valoriser le conseil vendeur ou améliorer l’engagement.

Le troisième est la capacité à passer de l’expérimentation à l’intégration. Une innovation n’a de valeur que si elle s’inscrit dans les parcours existants, qu’elle est adoptée par les équipes et qu’elle crée un bénéfice mesurable.

🚀 L’IA comme accélérateur de collaboration

Carrefour Belgique avec Mealz et Feu Vert avec EKOO montrent que l’intelligence artificielle n’est pas seulement un sujet technologique. C’est aussi un sujet de collaboration, d’organisation et de transformation des usages.

Dans les deux cas, la start-up joue un rôle d’accélérateur. Elle permet au grand groupe de tester plus vite, d’explorer de nouveaux formats et de répondre à des attentes clients qui évoluent rapidement.

Cette alliance entre agilité entrepreneuriale et puissance industrielle est sans doute l’un des leviers les plus prometteurs pour faire émerger les nouveaux usages de l’IA dans le retail.

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🛍️ L’IA, accélérateur de la transformation du retail

Face à l’essor des LLM, de l’IA générative et des protocoles agentiques, le retail entre dans une nouvelle phase de transformation.

Pour les distributeurs, l’enjeu n’est plus seulement d’expérimenter l’intelligence artificielle, mais de comprendre comment elle redéfinit leur place dans la chaîne de valeur, leur relation client et leurs modes de fonctionnement internes.

Lors de son intervention, Marie Cappelaere, Chief Data & AI Officer chez Boulanger, a partagé une vision très concrète de cette mutation. Une conviction forte en ressort : l’IA constitue à la fois un risque stratégique majeur et un puissant levier de compétitivité.

⚡ Un environnement technologique en accélération permanente

Le retail connaît l’IA depuis longtemps, notamment à travers la data science et le machine learning. Ces technologies sont aujourd’hui matures, industrialisables et intégrées dans de nombreux outils métiers.

L’IA générative et l’IA agentique ouvrent cependant un nouveau champ des possibles. Cette nouvelle vague se distingue par sa vitesse d’adoption, son instabilité technologique et son niveau d’incertitude.

Pour les distributeurs, cette incertitude impose une posture d’apprentissage permanent : expérimenter, tester, se tromper parfois, mais surtout ne pas rester immobile.

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🧭 Le risque de désintermédiation au cœur des préoccupations

L’un des grands enjeux soulevés par Marie Cappelaere concerne la désintermédiation.

À mesure que les consommateurs utilisent les LLM pour comparer, choisir ou préparer leurs achats, le rôle traditionnel du distributeur peut être fragilisé.

Demain, si un agent conversationnel recommande une marque ou un produit, pourquoi orienterait-il le client vers un distributeur plutôt que vers la marque en direct ?

Cette question oblige les retailers à clarifier leur valeur ajoutée. Pour Boulanger, la réponse ne se limite plus à la vente de produits neufs. Elle passe aussi par les services, l’installation, la réparation, l’accompagnement post-achat, l’expérience en magasin et l’expertise différenciante.

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🛠️ Construire une IA utile, ancrée dans les savoir-faire métiers

Chez Boulanger, l’approche consiste à ne pas déléguer toute la valeur à des IA généralistes. L’entreprise développe ses propres agents, nourris par ses expertises internes, ses données et ses connaissances métier.

Deux exemples illustrent cette stratégie.

Le premier est une IA conversationnelle généraliste capable de répondre à des questions de FAQ, mais aussi d’accompagner certains actes de self-care comme le suivi ou l’annulation de commande.

Le second est Durablife, un agent spécialisé dans l’entretien et la réparation des produits. Il s’appuie sur le savoir-faire SAV de Boulanger pour aider les clients à prolonger la durée de vie de leurs équipements.

Cette logique illustre un point essentiel : l’IA crée de la valeur lorsqu’elle est connectée à une expertise métier réelle. Un agent sans savoir-faire spécifique risque de produire des réponses génériques, voire erronées. Un agent entraîné avec les bons contenus, les bons processus et les bons experts peut devenir un véritable accélérateur de service.

🧩 Des prérequis indispensables : data, gouvernance et cybersécurité

Pour réussir ce virage, Boulanger a identifié plusieurs prérequis.

Le premier concerne la donnée. Les agents ont besoin de données accessibles, fiables, documentées et structurées.

Le deuxième concerne les outils. Boulanger a choisi une approche pragmatique et agnostique, avec plusieurs solutions adaptées aux différents niveaux d’usage.

Enfin, la gouvernance est centrale. Les sujets de coûts, de sécurité, de conformité, de dialogue social et d’impact sur les métiers doivent être traités dès le départ.

L’IA ne peut pas être uniquement un sujet technique. Elle implique la direction data, les métiers, les RH, la cybersécurité, le juridique et les partenaires sociaux.

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🌱 L’IA comme moteur d’acculturation et de transformation interne

La transformation ne concerne pas seulement les clients. Elle touche aussi les collaborateurs.

Boulanger a mis en place une communauté d’ambassadeurs IA, appelée Maya, présente dans les différentes directions métiers.

Ces ambassadeurs identifient les irritants du terrain, expérimentent des agents, partagent leurs apprentissages et forment leurs collègues en cascade.

Cette dynamique bottom-up a déjà permis de faire émerger de nombreux cas d’usage. Elle montre que l’IA gagne en pertinence lorsqu’elle part des douleurs terrain et qu’elle est portée par ceux qui connaissent vraiment les métiers.

🧑💼 Vers une nouvelle organisation du travail

Au-delà des premiers cas d’usage, Marie Cappelaere compare cette transformation à une nouvelle révolution industrielle. Mais cette fois, elle concerne davantage les cols blancs que les tâches physiques.

L’IA oblige les entreprises à formaliser leurs processus, clarifier leurs workflows, identifier les tâches automatisables et repenser la place de l’humain.

L’exemple des data analysts est révélateur. Leur mission pourrait progressivement passer de la production d’analyses à l’entraînement d’agents capables de mettre cette expertise à disposition des métiers.

Dans cette transformation, l’humain reste central. Les agents doivent être entraînés, supervisés, corrigés et enrichis par des experts métier.

🎯 Ne pas subir l’IA, mais choisir sa trajectoire

L’intervention de Marie Cappelaere met en évidence une idée forte : le retail ne peut pas attendre que les standards se stabilisent pour agir.

L’IA représente un risque de désintermédiation, mais aussi une opportunité de renforcer la relation client. Elle peut automatiser certaines tâches, mais aussi développer l’employabilité des collaborateurs.

Pour rester compétitif, le retail doit avancer sur trois fronts : protéger sa place dans la chaîne de valeur, créer des expériences clients différenciantes et débloquer des gains d’efficience internes.

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👥 IA et futur du travail : entre acculturation, transformation et nouveau pacte social

L’intelligence artificielle n’est plus un sujet réservé aux experts de la data ou aux directions innovation. Elle s’invite désormais au cœur des organisations, des métiers et des compétences.

À travers les regards croisés d’Arnaud Coulon, Directeur Learning International chez Auchan Retail, et de Sylvain Poirier, Directeur de l’IA chez France Travail, une conviction se dégage : l’IA transforme déjà le travail, mais son impact dépendra surtout des choix humains, managériaux et sociaux qui seront faits.

🕰️ L’IA, une histoire ancienne devenue accessible

Si l’IA générative a explosé dans le débat public avec l’arrivée de ChatGPT fin 2022, l’intelligence artificielle n’est pas nouvelle.

La rupture récente tient surtout à son accessibilité. Avec les interfaces conversationnelles, chacun peut désormais expérimenter l’IA directement, sans compétence technique avancée.

Une nouvelle étape se profile désormais : celle de l’IA agentique, capable d’exécuter de manière autonome certaines tâches ou séquences de travail.

Cette évolution impose une question centrale : que souhaite-t-on automatiser, et que veut-on absolument conserver sous décision humaine ?

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🧑🤝🧑 Chez France Travail, une IA au service de l’humain

France Travail travaille sur la data et l’IA depuis plus de dix ans. Cette antériorité a permis à l’organisation de définir très tôt une stratégie, une charte éthique et un cadre de fonctionnement public.

L’ambition est claire : faire de l’IA un outil au service de l’humain.

Concrètement, France Travail utilise l’IA pour améliorer les services aux demandeurs d’emploi, aux recruteurs et aux conseillers.

Un exemple fort est l’analyse de CV, qui permet d’extraire les compétences et de réduire le temps nécessaire à la création d’un profil candidat.

Avec l’IA générative, France Travail a franchi une nouvelle étape avec ChatFT, un équivalent sécurisé de ChatGPT. L’outil est utilisé notamment pour rédiger des mails, préparer des comptes rendus d’entretien ou synthétiser des informations.

Autre exemple : MatchFT, qui utilise l’IA pour initier des conversations avec les demandeurs d’emploi afin de vérifier certains critères non présents dans le système d’information, comme la mobilité, les horaires disponibles ou les contraintes personnelles.

Mais l’IA ne décide pas seule : le conseiller reprend la main, analyse les réponses et accompagne la personne.

C’est là que se joue l’essentiel : l’IA permet de libérer du temps administratif pour renforcer l’accompagnement humain.

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🎓 Chez Auchan, former avant de transformer

Chez Auchan Retail, la transformation passe d’abord par l’acculturation.

Le groupe, très décentralisé et présent dans de nombreux pays, a dû construire un socle commun autour de la data et de l’IA.

La démarche a commencé par le top management, avec des masterclass dédiées aux présidents et dirigeants de pays. Un programme appelé Data Booster for CEO a ensuite été déployé pour sensibiliser les équipes dirigeantes à la donnée, préalable indispensable à tout projet d’IA.

Auchan a également intégré la data et l’IA dans ses programmes de leadership, avec des journées dédiées à la réflexion sur le futur du retail et à la manipulation concrète des outils.

L’enjeu n’est pas seulement technique. Il est aussi social. Auchan travaille à la définition d’un cadre autour de l’IA, avec une progression allant de l’acculturation à la transformation, puis à la réinvention.

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🔮 Trois scénarios pour le futur du travail

Face à l’IA, le futur du travail n’est pas écrit. Arnaud Coulon propose trois scénarios possibles.

Le premier est celui d’une recherche de productivité à court terme. Dans ce scénario, l’IA est principalement utilisée pour automatiser les tâches, réduire les coûts et améliorer la rentabilité. Le risque est alors une polarisation sociale forte.

Le deuxième scénario est celui d’une continuité éclairée. L’IA y est pensée comme un levier d’augmentation des collaborateurs, avec un humain qui reste dans la boucle.

Le troisième scénario est celui de la stagnation. Sans vision, sans gouvernance et sans formation, les usages restent individuels, fragmentés, parfois frustrants.

Ces scénarios rappellent que l’IA n’est pas seulement une technologie : elle traduit des choix d’organisation, de management et de société.

🧠 L’acculturation ne suffira pas

Former les collaborateurs à l’IA est indispensable, mais cela ne suffira pas.

Les intervenants insistent sur la nécessité de dépasser la simple découverte des outils pour entrer dans une véritable transformation des métiers.

Avec l’IA agentique, le passage d’un rôle d’exécution à un rôle de validation, d’orchestration ou de supervision va devenir central.

Les collaborateurs devront apprendre à piloter des systèmes, à contrôler leurs résultats, à exercer leur esprit critique et à comprendre les limites des modèles.

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🌍 Un défi humain et collectif

Le véritable défi de l’IA n’est donc pas technologique. Il est humain, collectif et organisationnel.

Pour réussir le passage à l’échelle, il faut embarquer les dirigeants, les managers, les équipes terrain, les représentants du personnel et les experts métiers.

Il faut aussi donner du sens : pourquoi utilise-t-on l’IA ? Pour quels bénéfices ? Avec quelles limites ? Et au service de qui ?

Chez France Travail, cette dynamique passe par une académie interne, des relais de transformation régionaux et des ambassadeurs IA. Chez Auchan, elle s’appuie sur des programmes de formation, des communautés d’experts et un cadre social en construction.

Dans les deux cas, la même conviction s’impose : l’IA doit être intégrée dans les processus métiers, et non ajoutée comme une couche technologique isolée.

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❤️ Remettre l’humain au centre

L’IA peut automatiser, accélérer, suggérer, synthétiser et orchestrer. Mais elle ne doit pas conduire à déléguer systématiquement tout effort intellectuel à la machine.

Le risque de désapprentissage est réel, notamment si les collaborateurs perdent progressivement leur capacité à comprendre, décider ou remettre en question.

Le futur du travail ne sera donc pas simplement déterminé par la puissance des modèles. Il dépendra de la manière dont les organisations définiront leur pacte social autour de l’IA : ce qui peut être automatisé, ce qui doit rester humain, les compétences à développer et les protections à garantir.

L’IA est une lame de fond. Elle transformera les métiers, les processus et les modèles d’organisation. Mais son impact final dépendra d’un choix fondamental : l’utiliser pour remplacer l’humain, ou pour lui redonner du temps, de la valeur et de la capacité d’agir.