Le 29 janvier 2026, les Jeudis de la Retail Tech renouaient avec leur débrief “Back from NRF” — et la salle était comble. Pour l’occasion, Barbara SARRE-DEROUBAIX et Mike Hadjadj 🛍️ avaient réuni un plateau d’intervenants particulièrement solide pour décrypter la “grand-messe” du retail new-yorkais. Objectif : prendre du recul, trier le bruit du signal, et mettre en perspective les tendances clés d’un NRF 2026 qui a, cette année encore, attiré plus de 40 000 visiteurs.

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Introduction à 6 mains

Pour ouvrir la matinée, Nicolas Diacono 🤖🛍️, Frank Rosenthal et Mike Hadjadj 🛍️ ont posé le cadre à six mains : un regard croisé, sans langue de bois, sur l’état du retail US, ses paradoxes… et ses opportunités.

📉 Une édition NRF en retrait… mais toujours structurante

Présentée comme une édition “record”, NRF 2026 s’inscrit pourtant dans un contexte de baisse de fréquentation, en particulier côté délégations internationales – et la France n’y échappe pas. L’événement reste massif (près d’un millier d’exposants), mais le signal est clair : moins de monde, davantage de “tri” à faire, et un salon qui se lit autant dans les exemples concrets que dans les annonces.

🗽La France toujours bien visible : pavillon, startups, énergie collective

Dans ce contexte, le pavillon France demeure un marqueur fort :

  • 29 startups
  • 5 catégories
  • plus de 100 représentants

Au-delà des chiffres, le message est constant : la tech française reste très innovante, avec des positionnements solides et des discours qui “passent” bien. Et comme chaque année, la semaine NRF est aussi un moment de rassemblement, de rencontres et de visibilité pour l’écosystème français.

🧭 Retail US : une dynamique plus robuste qu’on ne le pense

L’état des lieux économique partagé pendant la soirée remet en perspective certains discours. Plusieurs repères cités vont dans le même sens :

  • progression des revenus pour une très large part des foyers américains
  • croissance nettement supérieure à celle observée en Europe
  • Holiday Season en hausse, avec des secteurs comme le sport et l’électronique en forte progression (électronique citée à +6%)

Même avec des faillites très médiatisées, le retail américain est décrit comme très dynamique, porté par l’investissement, les process et des acteurs capables d’industrialiser vite.

🤝 Le paradoxe digital : plus d’IA, plus besoin de lien humain

Un point ressort nettement : à l’ère de l’hyper-digitalisation (temps passé en ligne, usages IA), le besoin de lien social, de communautés et de “vrai” devient encore plus central. Le retail, quand il performe, ne se contente plus d’optimiser la transaction : il crée un motif de visite, un moment, une expérience.

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⚙️ Thème 1 – Efficiency : le magasin redevient un hub stratégique

NRF 2026 confirme un basculement opérationnel : le magasin redevient un actif majeur.

  • Hard-discount en mode urbain : Lidl à Manhattan montre comment adapter un format européen en environnement contraint, avec une stratégie d’image prix très assumée.
  • Walmart illustre la puissance du modèle “store-as-a-hub” : 680 Md de CA (2025), 120 Md en e-commerce, 2 millions de commandes préparées chaque jour depuis les magasins. La transformation passe par un socle technologique (étiquettes électroniques, picking, cadence de déploiement industrielle) et un usage massif de l’IA (plusieurs IA majeures + “petits modèles” par verticales).
  • Luckin Coffee pousse l’efficacité à l’extrême : 100% de commandes digitales, QR code, heure précise de retrait, fin de la file unique.
  • Sur le terrain, l’IA devient aussi un outil RH (ex. Kroger : planning, échanges, infos via mode vocal), tandis que smart glasses, automatisation et robotisation gagnent en maturité (ex. Ocado et l’apprentissage distribué).
  • Et au milieu de tout ça, un rappel simple : parfois, l’efficacité revient… aux fondamentaux, jusqu’à la micro-boutique d’1 m² qui fonctionne grâce à l’exécution commerciale.

➡️ Lecture globale : le magasin n’est plus seulement un coût. C’est un hub, une capacité logistique, un support de services.

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🎯 Thème 2 – Marketing : scénographie, désirabilité et retour aux racines

Côté marketing, la matinée met en lumière un retail qui fait beaucoup mieux que “communiquer” : il scénarise, pédagogise, collabore, et reconstruit la marque.

  • Cybex illustre une mise en scène ultra efficace, avec personnalisation et collaborations artistiques, soutenues par des vendeurs capables d’un pitch technique très précis.
  • Dossier montre une approche “décomplexée” des dupes, avec une pédagogie en magasin et une transparence plus assumée sur le marché américain.
  • Fauchon “markete Paris à New York” avec un storytelling visuel fort et un format où la vente cohabite avec un vrai lieu de vie (restaurant / salon de thé).
  • New Balance apporte un contrepoint intéressant via une production hybride (75% Asie / 25% US) mise en récit et en scène.
  • Gap est l’exemple emblématique du “retour aux sources” : revisiter l’histoire, réaffirmer un positionnement (le jean, la culture de marque), réactiver contenus et collaborations pour recréer de la désirabilité.

Et l’IA générative s’invite aussi dans le marketing via des outils capables de produire contenus et visuels avec un niveau de finesse impressionnant (visage, corps, mains).

➡️ Lecture globale : le marketing devient culturel, expérientiel, et orienté contenu à l’échelle.

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🛋️ Thème 3 – User Experience : des boutiques-lieux de vie

C’est probablement le bloc qui marque le plus : New York montre jusqu’où peut aller le retail quand il assume l’expérience.

  • Buck Mason : un flagship pensé comme un appartement (café, canapés, librairie), où l’on a envie de rester.
  • Printemps New York : une expérience hors norme (5 000 m²), architecture spectaculaire, restauration, et un merchandising vivant qui bouge fréquemment.
  • Lacoste sur la 5e Avenue : héritage tennis, capsules dédiées, mise en scène forte et visibilité urbaine.
  • House of Dior : 4 étages, univers complets et un étage spa opéré par la marque.
  • Rough Trade : concerts intégrés en magasin, événements permanents.
  • Dick’s House of Sport : pratique sportive, simulateurs, offre technique massive et adaptation locale.
  • Tecovas : immersion “Texas in Soho”, mise en scène parfaite, concert, bar, envie de rester.

La synthèse résume bien l’objectif : un café comme Starbucks, une musique comme Spotify, des émotions comme la NFL, une personnalisation comme Netflix, un checkout comme Amazon.

➡️ Lecture globale : le magasin devient un lieu, pas seulement un canal.

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🧩 Thème 4 – Omnicanal & IA en magasin : du gadget au concret

L’omnicanal et l’IA passent à un stade beaucoup plus opérationnel :

  • Target Soho surprend avec un rez-de-chaussée très “concept store” (inspiration, drop, beauty bar, espace photo), tout en gardant un sous-sol plus “standard”.
  • L’IA générative améliore des usages qui bloquaient depuis des années : essayage virtuel précis à partir d’une simple photo, rendu 360°, respect de la corpulence.
  • Les retours vocaux deviennent un matériau directement exploitable : feedback, training collaborateurs, amélioration continue.
  • Sur la recherche e-commerce, des LLM permettent d’identifier mieux les produits et d’optimiser la navigation — un enjeu de plus en plus critique.
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🤖 Thème 5 – Data & IA : AR, abonnements, paiement conversationnel, coaching vendeur

Plusieurs exemples illustrent la diffusion très large de l’IA :

  • showroom AR (Meta Lab à Manhattan) conçu pour tester, expérimenter, personnaliser ;
  • stratégie d’abonnement et de services (ex. Walmart+) pensée comme arme anti-Prime ;
  • démonstrations de paiement conversationnel via robot IA (paiement intégré au parcours) ;
  • analyse en live de l’interaction vendeur (micro-coaching, insights manager, pilotage global).

➡️ Lecture globale : la donnée et l’IA s’installent “dans les opérations”, pas seulement dans les slides.

🧠 Agentic commerce : “from discovery to delivery”

Enfin, NRF 2026 met en lumière l’accélération de la bataille autour du commerce agentique : des agents capables d’accompagner la découverte, la décision, l’achat… et la livraison. L’enjeu : standardiser les flux, simplifier les intégrations, et faire évoluer le rôle des sites marchands dans cette nouvelle chaîne de valeur.

✅ Conclusion : le retail se réinvente, plus vite et plus radicalement

NRF 2026 confirme une transformation profonde :

  • un magasin plus culturel, plus expérientiel, plus utile
  • une IA désormais très concrète (contenu, essayage, feedback, recherche, coaching, paiement)
  • un modèle où performance et émotion ne s’opposent plus : elles se renforcent

Le retail ne disparaît pas. Il change de nature.

Un livre à lire sur ces sujets : Game Changer – La différenciation absolue dans le retail par Franck Rosenthal.

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🧠 Attendees Insights : ce que trois experts retiennent de NRF 2026 (et ce que ça change concrètement)

La séquence “Attendees Insights” a donné la parole à trois intervenants tout juste rentrés de New York : Hélène Labaume (Carrefour), Rudolph Chêne-Milleville (AWS) et Jérôme Hamrit (Vusion). Objectif : réagir à chaud, compléter les enseignements et pointer les sujets qui vont (vraiment) compter dans les mois à venir.

Les retours croisés des participants convergent vers un même constat : NRF 2026 marque un basculement. L’intelligence artificielle n’est plus un sujet “à part”, elle devient l’infrastructure invisible du retail. Mais, paradoxalement, le magasin n’a jamais été aussi central.

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🛍️ Le magasin, toujours au cœur du jeu (et même renforcé)

Malgré l’explosion des parcours digitaux, le magasin reste le lieu clé de l’émotion, de la différenciation et de la réassurance. Ce qui frappe, c’est la qualité d’exécution de certains flagships new-yorkais, où tout est pensé dans le détail : architecture, lumière, scénarisation, services.

Certains concepts illustrent une montée en gamme très assumée, notamment sur la seconde main du luxe, parfois mieux valorisée qu’en Europe. À l’inverse, tous les concepts ne font pas consensus : certaines tentatives de “concept store” ou d’espaces beauté apparaissent encore maladroites, voire déceptives, malgré de bonnes intentions.

Le magasin ne se limite plus à vendre : il devient un hub logistique local, un point de services (retours, pick-up, extensions de gamme) et un maillon clé de l’omnicanalité.

🔍 Discovery : un parcours de plus en plus fragmenté… et piloté par l’IA

La phase de discovery s’est considérablement complexifiée. Le consommateur navigue entre moteurs de recherche, marketplaces, réseaux sociaux, communautés, assistants conversationnels… L’IA joue désormais un rôle central pour aider, orienter, recommander.

Dans ce contexte, le contenu devient stratégique : c’est lui qui alimente les modèles d’IA. La création de contenus générés par l’IA progresse très vite et impose de nouvelles compétences, de nouveaux outils et un changement de rythme pour les équipes marketing.

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🤖 Agentique : promesse, accélération… et questions de désintermédiation

L’agentique est omniprésente. Des assistants capables de conseiller, comparer et acheter sont déjà utilisés à grande échelle, avec des impacts mesurables sur l’adoption et la conversion.

Mais derrière cette accélération se cache un enjeu majeur : la désintermédiation des marques. Qui contrôle la relation client lorsque l’agent devient l’interface principale ? La réponse semble passer par une double stratégie :

  • développer ses propres agents,
  • tout en restant compatible avec des agents externes (moteurs, plateformes, écosystèmes ouverts).

Cette logique impose de repenser les plateformes e-commerce pour qu’elles puissent “dialoguer” avec ces nouveaux intermédiaires.

🏬 Le magasin devient une plateforme de données activable

Un point fait consensus : le magasin se transforme en plateforme connectée très opérationnelle. Il n’est plus seulement un lieu d’exposition, mais un centre de données activable par l’IA : stock, prix, localisation produit, assortiments, performances…

Condition indispensable : la fiabilité de la donnée. Sans données propres, à jour et exploitables, aucun cas d’usage IA ne tient dans la durée. Les progrès sur la traçabilité (RFID, géolocalisation, computer vision) ouvrent des perspectives très concrètes, du picking assisté à l’optimisation des parcours clients.

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🚚 Logistique, robotique et nouvelles formes de travail

La robotique progresse rapidement, notamment dans les entrepôts, avec un objectif clair : fluidifier le picking, y compris sur des produits complexes ou fragiles. En parallèle, le magasin s’inscrit de plus en plus dans une logique logistique locale, capable d’absorber des extensions de gamme ou des commandes omnicanales en temps réel.

Ces évolutions transforment aussi le travail humain. Les collaborateurs deviennent des employés augmentés, assistés par la technologie pour gagner en efficacité, en information et en qualité de service. Même certaines tâches historiquement réservées aux équipes internes (comme le picking) s’ouvrent désormais à de nouveaux modèles, fortement guidés par la tech.

🌐 Écosystème : des choix structurants pour 5 à 10 ans

Dernier enseignement clé : les décisions prises aujourd’hui en matière d’infrastructures magasin (équipements, systèmes, data, médias) engagent souvent sur plusieurs années, dans un environnement qui évolue extrêmement vite.

Le vrai défi n’est plus seulement technologique, mais organisationnel et stratégique :

  • où se positionner dans la chaîne de valeur ?
  • avec quels partenaires ?
  • et avec quel niveau d’ouverture de son écosystème ?

👉 En résumé

NRF 2026 montre un retail en pleine recomposition : plus d’IA, plus d’agents, plus de data, mais aussi plus de magasin. Un magasin repensé, connecté, émotionnel et activable — à condition de maîtriser ses données et de savoir travailler autrement.

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📊 Pouvoir d’achat et consommation en 2026 : ce que disent les Français

Restitution de l’étude OpinionWay – Anne-Laure Marchal

Réalisée auprès de 1 029 personnes interrogées en ligne, l’étude OpinionWay présentée par Anne-Laure Marchal dresse un état des lieux clair — et plutôt prudent — des anticipations des Français pour 2026, tant sur leur pouvoir d’achat que sur leurs comportements de consommation, en magasin comme en ligne.

💶 Un pouvoir d’achat perçu en berne, sans amélioration notable

Premier enseignement clé : les anticipations restent majoritairement négatives.

  • 48 % des Français estiment que leur pouvoir d’achat va diminuer en 2026,
  • une perception quasi identique à celle de janvier 2025, malgré des indicateurs économiques jugés plus favorables en 2025.

Cette inquiétude est particulièrement marquée chez les plus de 65 ans :

  • 66 % des retraités anticipent une baisse de leur pouvoir d’achat,
  • confirmant que le pouvoir d’achat reste une préoccupation quotidienne centrale, et même l’inquiétude numéro un pour cette population.

À l’inverse, la part de Français qui anticipent une hausse du pouvoir d’achat reste très faible (13 %). Une exception toutefois :

  • les plus jeunes (18–24 ans et 25–34 ans) se montrent plus optimistes,
  • notamment parce qu’ils entrent dans la vie active ou sont en début de carrière, avec des perspectives de revenus plus favorables.

🛒 Consommation en 2026 : la stabilité avant tout

Ce pessimisme sur le pouvoir d’achat se reflète directement dans les intentions de consommation.

  • 57 % des Français déclarent qu’ils ne consommeront ni plus ni moins, que ce soit en ligne ou en magasin.

Les intentions de hausse restent limitées :

  • 13 % prévoient de consommer davantage en ligne,
  • 10 % davantage en magasin.

Là encore, les plus jeunes se distinguent :

  • 33 % des 18–24 ans anticipent une hausse de leurs achats en ligne,
  • 26 % une hausse en magasin.

Mais cette lecture doit être nuancée : dans ces mêmes tranches d’âge, une part importante anticipe aussi une baisse de la consommation. Au final, la balance reste négative, y compris chez les plus jeunes.

👉 Conclusion : 2026 s’annonce comme une année compliquée, pour le commerce physique en particulier, mais aussi pour le commerce en ligne.

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🏷️ Ce qui pourrait réellement améliorer l’expérience d’achat

Lorsqu’on interroge les Français sur ce qui pourrait améliorer leur expérience d’achat — et potentiellement les inciter à consommer davantage — la réponse est sans ambiguïté.

🔑 Les trois leviers majeurs

  1. Des prix plus compétitifs
  2. Des promotions plus fréquentes
  3. Des programmes de fidélité plus avantageux

Autrement dit : le pouvoir d’achat passe avant l’expérience. Les attentes sont d’ailleurs très alignées entre le commerce physique et le commerce en ligne.

ℹ️ Information produit, service client et retours : des attentes structurantes

Au-delà du prix, d’autres critères émergent fortement :

  • L’information produit devient un déterminant majeur de la confiance et de la fidélisation :
  • En magasin, les Français attendent un accueil et un service client de meilleure qualité, attente particulièrement marquée chez les plus jeunes.
  • En ligne, la facilité de retour et de remboursement reste un critère clé, cité par près d’un quart des répondants.

Ces attentes montrent que, même sous contrainte budgétaire, les Français restent attentifs à la qualité globale de l’expérience, dès lors qu’elle est perçue comme juste et transparente.

👵👴 Des sensibilités très marquées selon l’âge

L’étude met en évidence de fortes différences générationnelles :

  • les 50 ans et plus, et surtout les 65 ans et plus, sont extrêmement sensibles au prix, aux promotions et aux programmes de fidélité ;
  • les plus âgés expriment aussi une attente très forte sur la transparence des produits ;
  • les plus jeunes, eux, sont plus exigeants sur l’accueil et la qualité du service en magasin.

📌 En synthèse

Pour 2026, le message est clair :

  • la contrainte budgétaire reste forte,
  • les intentions de consommation sont plutôt orientées à la baisse,
  • et les leviers d’action prioritaires restent, sans surprise :

👉 le prix, le prix… et le prix.

Un grand merci à toutes les intervenantes et les intervenants pour cette matinée très inspirante et pragmatique !

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De gauche à droite : Hugo Stepien (Optimal Ways), Julien Labouré (Positive Group) et Nicolas Malo (Optimal Ways)